De l’autre côté de la barrière

Entretien avec réalisé le à Paris, France.
Souvent, de la part de collègues, on me disait : "Ça doit être difficile d'être de l'autre côté de la barrière."

De manière très maladroite et pas forcément malveillante, quand on savait que j'étais moi-même soignante, et particulièrement en psychiatrie, avec les questions de sectorisation ça a posé des problèmes. Essayer de m'éloigner plus ou moins de l'environnement avec qui j'avais pu être en contact professionnel.

Souvent de la part de collègues, on me disait "Ça doit être difficile d'être de l'autre côté de la barrière." Quand, aujourd'hui, on parle de déstigmatisation et d'inclusion, et que dans la bouche de certains il peut y avoir encore cette notion de barrière. C'est quand même très surprenant.

Par contre, parce que dans mon parcours de rétablissement l'importance du soutien par ce que je vais appeler les pairs. Ça englobe toutes les personnes, que ce soit les médiateurs de santé pairs, les pairs aidants ou simplement les personnes rencontrées au décours de son parcours, je l'ai beaucoup moins ressenti. Je l'ai beaucoup moins ressenti.

Après, quand on est très engagé, militant, il y a effectivement des chapelles – de la part des usagers, là où ils se situent. Mais en tous cas dans le partage, on m'a jamais renvoyé ça. On m'a jamais dit "Toi, de toute façon t'es infirmière." Non.

Le compréhension se faisait vraiment autour du vécu. Et je crois que ça a été pour moi une grande partie de ce qui m'aide à me rassembler. Entre le fait que j'ai qu'un seul regard, qui est le mien et auquel je tiens. À l'heure actuelle, là où j'en suis de mon rétablissement, il y a beaucoup de choses sur la prise de conscience de mon trouble, ce qui a nécessité d'être mis en place autour de celui-ci.

Mais ce qui reste encore difficile pour moi c'est d'assumer d'être une seule et même personne. Une seule et même expérience. Et d'être suffisamment à l'aise avec ça. Pour pouvoir aussi l'affronter. Parce que, pour moi, c'est encore de cet ordre-là, dans le regard des autres.

Cécile Glaser. Soignante en psychiatrie avec un parcours autour de la maladie psychique, à Paris (France).