C’est fou d’attacher quelqu’un

Entretien avec réalisé le à Paris, France.
C'est beaucoup plus fou d'attacher quelqu'un que la personne est elle-même folle. Et honteux. Moi je trouve ça honteux, d'une certaine manière. Les gens qui sont attachés à l'hôpital, on les entend hurler, crier "Sauvez-moi".

J'ai pris ça comme un…, je pourrais même pas dire mauvais traitement, mais c'est à la fois absurde et beaucoup plus fou d'attacher quelqu'un que la personne est elle-même folle. Et honteux. Je trouve ça honteux. Mais honteux dans le sens absurde. Cette histoire de contention, c'est horrible. Les gens attachés à l'hôpital, on les entend crier, hurler, pleurer. "Aidez-moi", "sauvez-moi". Dans des pièces fermées à clés.

Nous, les patients, on est derrière ces chambres et on entend les patients crier à l'aide, au secours. Ils sont attachés sur un lit. Ils ont même pas 20 ans. Parce qu'ils ont haussé le ton sur un psychiatre, peut-être dit un gros mot, certes. Mais on les attache pendant des jours, dans des chambres d'isolement, aujourd'hui, en 2019.

Et nous, derrière, on a qu'une envie, c'est d'aider nos congénères. Et quand on regarde par la fenêtre en disant "t'inquiète pas, tu vas sortir, on te donnera des cigarettes, on sera là", on nous renvoie dans nos chambres en nous disant qu'on a pas le droit de s'adresser à eux. C'est pas humain. On est pas dans une société humaine.

La personne attachée qui crie à l'aide a vraiment besoin d'aide. Il a besoin que quelqu'un entre dans la chambre, lui parle, le rassure, lui donne de l'amour, de la présence. Et on les isole, en fait. C'est comme des épreuves. J'ai compris ça, après, comme des épreuves. Et, pour sortir du système psychiatrique, j'ai du accepter toutes ces épreuves, les endurer, sans me rebeller.

Parce que, si on se rebelle le moins du monde, les services psychiatriques augmentent encore les épreuves. Ils nous donnent plus de médicaments, nous contentionnent, nous isolent, nous font des remarques ou tiennent des propos très durs sur notre avenir et se permettent de faire des prévisions sinistres sur notre avenir.

Un conseil, pour les personnes qui passent en psychiatrie, c'est horrible mais il faut accepter tous les traitements qu'on nous fait sans se rebeller. Parce qu'il y a ce ressort chez les médecins qui fait que chaque rébellion est considérée comme un acte de folie qu'il va falloir soigner. Et en fait, pour eux, soigner, pour ce que j'ai compris, quand ils essayaient de me soigner, non seulement ils n'y arrivaient pas mais en plus rajoutaient du mal au mal.

Parce qu'ils considèrent qu'il faut guérir le mal par le mal. Moi j'y crois pas du tout. Je pense qu'il faut guérir le mal par le bien. Donc, forcément, ça rajoute de la douleur. C'est un système qui, pour moi, est aberrant.

François D.. Usager des services de psychiatrie travaillant dans un centre de santé mentale pour enfants et adolescents à Paris (France).