Par-delà la contention

Entretien avec réalisé le à Paris, France.
Il faudrait donner moins de pouvoir à la décision médicale, c'est-à-dire aux psychiatres, qui finalement n'ont que deux ressors, à savoir les médicaments et la contention.

Comme changer le système psychiatrique pour qu'il soit aidant ? Il y a beaucoup de potentiel. On peut pas jeter tout. Parce qu'il y a de bons médecins et de bons infirmiers. Le problème, c'est que la structure du système psychiatrique est, j'ai envie de dire, vicieuse.

En tout cas, elle est pas bonne. Il y a pas un patient en psychiatrie qui dira – ou peut-être un sur mille – qui dira qu'il s'est senti mieux en sortant de l'hôpital que trois semaines avant d'y entrer.

Par exemple l'ergothérapie, la psychothérapie, toutes les interventions douces, en fait. C'est-à-dire que, en ergothérapie, on nous fait faire des choses qui sont douces, qui vont solliciter notre créativité. Bon, c'est assez régressif, mais c'est pas si grave.

On nous fait faire du modelage. On nous fait faire du dessin. On nous fait parler de notre vie, en groupes de parole. Ou on nous fait écrire, en groupes d'écriture. C'est peut-être un peu régressif, mais ça nous aide en fait à nous réapproprier notre identité d'humain.

Parce que, quand on est attaché sur un lit, blindé de médocs, on est plus des humains. On est des chiffons. Là, on est plus des chiffons en ergothérapie. Donc, peut-être multiplier et donner plus de fonds aux ergothérapeutes et aux psychothérapeutes, qui sont très peu présents, en fait.

Donner moins de pouvoir à la décision médicale. C'est-à-dire aux psychiatres qui, finalement, n'ont que deux ressorts, qui sont les contentions – enfin les médicaments – et l'isolement et la contention. Donc, ça fait trois, en fait. À part ça, ils ont pas tellement d'outils.

Les outils des psychiatres sont de mauvais outils. Les psychiatres eux-mêmes ne sont pas tous mauvais. Et il y en a des très bons. Mais leurs outils, malheureusement, sont pas bons, du tout. Donc changer peut-être l'outil des médecins. Peut-être les former à la psychothérapie.

Qu'est-ce qu'on pourrait faire ? Oui, développer des groupes de parole. C'est déjà en germe, en fait. C'est déjà présent. Il y aurait pas grand chose à changer. Faudrait simplement faire passer la créativité, ou la reconstruction de soi, à travers des pratiques. Moi, en tout cas, j'ai été très aidé par l'ergothérapie.

Le seul problème est que les médecins sont chefs, en fait, là-bas, en psychiatrie. En général, le médecin ne s'oppose jamais à ce qu'on passe en ergothérapie, ou qu'on fasse ce qu'ils appellent les activités. Mais, en fait, ce qui nous restore le mieux, c'est l'ergothérapie. C'est l'art-thérapie. C'est la psychothérapie. Toutes les thérapies, finalement.

La psychiatrie elle-même, dure, ne soigne pas. Les électrochocs – c'est pas possible – on a jamais prouvé que ça… J'ai des amis qui m'ont dit "Ça m'a beaucoup aidé, parce que, quand j'ai compris que les électrochocs, c'était le dernier palier, là j'ai du me ressaisir." S'il faut en arriver là pour se ressaisir c'est qu'il y a un problème à la base.

"Quand on m'a dit que j'allais faire des électrochocs, j'ai du puiser dans des réserves profondes, donc finalement ça m'a aidé." Mais c'est un déplacement. C'est pas l'électrochoc qui aide concrètement. Enfin, voilà. Il faut mettre l'ergothérapie en avant. Oui, je pense.

François D.. Usager des services de psychiatrie travaillant dans un centre de santé mentale pour enfants et adolescents à Paris (France).